On dit que le hasard fait bien les choses et Victoria peut en témoigner. Plus habituée des studios de danse que des terrains de course pendant son enfance, elle est maintenant vice-championne de France en 400m et se prépare pour les JO 2028 en heptathlon. Une belle aventure que l’on vous fait découvrir !

Un nouvel élan

C’est tout à fait par hasard, en attendant son père au club d’athlétisme que Victoria est « repérée » par un entraîneur. En effet, à 11 ans sa grande taille ne la laisse pas passer inaperçu.

Elle commence son initiation : c’est un match ! La discipline lui plait et la voilà embarquée dans une nouvelle aventure sportive. Elle cumulera la danse et l’athlétisme pendant un an avant de se consacrer pleinement à sa nouvelle passion.

Neuf ans après, l’athlétisme c’est ce qu’elle aime par-dessus tout : un moyen de penser à autre chose et de partager avec les autres. « J’ai été arrêtée pendant six mois à cause d’un problème de santé et c’est là que je me suis rendu compte à quel point j’en avais besoin pour être épanouie dans la vie » nous dit Victoria.

Embarquement pour Montpellier

Même si le sport a toujours eu une place particulière dans son cursus, c’est avec son passage au lycée que sa pratique s’intensifie. Elle laisse derrière elle sa corse natale pour rejoindre le CREPS de Montpellier où l’encadrement pour l’heptathlon y est le plus complet. En internat pendant 3 ans au lycée Jean Mermoz, elle obtient avec brio son bac S tout en maintenant un rythme effréné de 5 à 6 entraînements par semaine.

Lorsque le choix des études supérieures s’est présenté, elle a envisagé plusieurs options mais quitter Montpellier n’en était pas une. Elle se renseigne auprès de l’IUT où elle sait que l’accueil des sportifs de haut niveau est favorisé et l’aspect pédagogique lui plaît. « C’est une formation qui me correspond, très pratique. On est cadrés, il y a beaucoup de TP et la promo est petite ».  Et puis pas question d’aller en STAPS, car être professeur de sport ne l’a jamais tenté. « J’aime trop les sciences pour arrêter » nous confie t-elle.

Son parcours à l’IUT promet d’être intense ! En tant que sportive de haut niveau, elle a un planning de cours aménagé qui lui permet de s’entraîner tous les jours, de 10h à 12h ou de 14h à 16h. Avec ce rythme soutenu et malgré son implication, impossible pour elle de valider toutes les matières chaque semestre alors elle fait des compromis : au lieu de 2 ans, elle validera son DUT en 4 ans. « C’est un engagement sur le long terme avec l’IUT » nous dit Victoria en rigolant.

Et encore, elle ne compte pas s’arrêter là ! Victoria envisage de continuer ses études dans une école d’ingénieur. Elle insiste car pour elle c’est important d’avoir un diplôme à côté de sa carrière de sportive : « il faut être Usain Bolt pour être bien rémunérée. J’aimerai bien mais ce n’est pas possible ».

À l’IUT, Victoria suit une formation en Génie Biologique dans la filière Industries Alimentaires et Biologiques. Grâce à son amour des sciences le choix n’a pas été trop dur. Ce qui l’intéresse dans ce domaine c’est de pouvoir associer ces deux passions. En effet, sa formation l’aide à comprendre son corps et ainsi à comprendre ce qu’elle vit quotidiennement à l’entraînement comme par exemple, la formation de l’acide lactique.

Déterminée, Victoria reste ouverte quant à son projet professionnel. Sa carrière d’athlète elle la mènera si les performances sont au rendez-vous mais au-delà de ça elle n’envisage pas forcément une carrière dans le milieu du sport.

La cour des grands

Dès ses débuts, Victoria participe à de nombreuses compétitions mais c’est en découvrant le CREPS que ça a fait tilt : « C’est venu d’un coup, comme une révélation » nous dit-elle. Avant cela, il est difficile de se rendre compte de ses capacités. Un athlète doit se comparer et essayer de savoir si ça peut durer. « Beaucoup de jeunes athlètes font de belles performances très jeunes mais n’évoluent plus. Souvent quand on est précoce, c’est qu’on a trop fait trop tôt et le corps ne suit plus. C’est blessures sur blessures. » explique Victoria. De son côté, c’est en participant à des stages nationaux qu’elle commence à se dire « peut-être que… ». Et ça fonctionne pour elle ! Elle développe ses capacités et atteint rapidement de hauts niveaux : vice-championne de France sur 400m et sélectionnée en équipe de France en 2019, elle se classe aussi 3ème aux championnats de France en heptathlon cette année-là.

Son rêve à long terme ? « Les Jeux Olympiques évidemment » répond t-elle du tac au tac, « pas 2024 mais plutôt 2028 ». En effet, la maturité, dans sa discipline, est à 26 ans, l’âge qu’elle aura en 2028.

Elle y concourrait en heptathlon, un combiné de 7 épreuves qui s’enchainent sur deux jours : 100m haies, saut en hauteur, lancer de poids, 200m, longueur, javelot et 800m. Chaque épreuve permet de faire une performance qui donne un certain nombre de points. Les points cumulés donnent ensuite le classement.

Ce qui lui plaît dans cette discipline c’est la variété des entraînements : « on ne fait jamais la même chose, c’est très enrichissant ». Poussée dès le début à tout essayer, Victoria s’est révélée douée dans toutes les épreuves alors l’heptathlon fut un choix évident.

À noter que les hommes ne font pas d’heptathlon mais du décahtlon avec trois épreuves en plus (la perche, le disque et le 100m) et des distances différentes (400m au lieu de 200m, 110m haies au lieu de 100m et 1500m au lieu de 800m). Une inégalité peu justifiée selon Victoria et qui fait actuellement débat dans le milieu sportif.

Le sport envers et contre tout

Toutefois, ce rythme de vie n’est pas toujours évident à maintenir car il demande énormément de sacrifices à ceux qui décident de poursuivre cette route. « J’ai appris beaucoup sur moi, sur les autres, j’ai fait des rencontres, j’ai voyagé… Mais ça demande énormément de sacrifices en termes de temps et d’envies ». Quitter le cocon familial à 15 ans, limiter les soirées, surveiller son alimentation : pas facile à cumuler avec la vie étudiante. Et ça ne va pas aller en s’arrangeant…

Actuellement junior, Victoria rejoindra la catégorie Espoir tout prochainement : « la cour des grands » comme elle dit. C’est à ce moment-là qu’elle devra faire sa place, en affrontant des athlètes plus âgés, plus expérimentés qui partent aux Jeux Olympiques et aux mondiaux. La sélection pour les Jeux Olympiques se fait sur des minima c’est-à-dire qu’il faut réaliser une certaine performance dans chaque discipline. Parmi ceux qui obtiennent ces minimas, seulement trois peuvent partir.

Mais avant cela, l’objectif de cet été 2021 pour Victoria c’est le championnat d’Europe ! Alors pas question de relâcher les efforts. Après son arrêt forcé de six mois et les aléas liés à la situation sanitaire, Victoria est plus qu’heureuse de retrouver le circuit et de rechausser ses baskets pour faire ses preuves.

Vivement 2028 ! 😉